Contrairement à la pensée générale, les cartes à puce ne sont pas seulement une invention du français Roland Moreno. Dès 1947, une mémoire portative est décrite par un ingénieur britannique: un substrat en bakélite sur lequel sont imprimées de très fines pistes de cuivre qui, sous l’effet d’un courant important, se volatilisent irréversiblement, créant un effet mémoire. Il est question, à l’époque, de 64 bits.

En 1969, les Allemands Jürgen Dethloff (1924-2002) et Helmut Gröttrup, le Japonais Kunitaka Arimura, notamment  contribuent à la genèse de la mémoire portative.

En 1974-1975, le Français Roland Moreno crée ce qui deviendra la « carte à puce »: une mémoire portative dotée de moyens inhibiteurs. Matériels et/ou logiciels, ces inhibiteurs ont pour rôle de protéger l’accès à la mémoire, en lecture comme en écriture. Sans inhibiteurs, en effet, l’utilité de la carte à puce serait limitée: pour une carte de crédit, par exemple, il est indispensable de restreindre la capacité de lire le code confidentiel et de modifier le numéro de compte. La carte décrite dans le premier brevet de Moreno est d’ailleurs couplée au lecteur par radiofréquence, comme le seront trente ans plus tard les « cartes sans contacts ».

, Moreno met au point des moyens inhibiteurs totalement logés sur la puce (et brevette ces innovations):

* comparaison interne du code confidentiel ;
* compteur d’erreurs, qui provoque l’auto-destruction de la puce en cas de soumission répétée d’un code faux ;
* moyens de traitement ;
* lecture irréversiblement impossible de zones prédéterminées, notamment code confidentiel, clés, etc. ;
* écriture, modification, effacement irréversiblement impossibles de zones prédéterminées de la mémoire.

La société Innovatron a été créée par Moreno pour exploiter ses brevets.

En 1977, l’Allemand Dethloff dépose un brevet pour une carte à mémoire portative dont les moyens inhibiteurs seraient constitués par un microprocesseur. Ce perfectionnement significatif autorisant un changement de fonctions de la carte par simple reprogrammation. Aujourd’hui, les deux tiers (en valeur) des cartes à puce sont dotées d’un microprocesseur.

Quelques mois plus tard, le Français Ugon dépose un brevet sur une technique comparable, nommée CP8, pour Circuit Portatif des années 80, qui ne donnera lieu à une activité industrielle qu’à partir de la fin des années 1980.

En 1979, le géant des services pétroliers Schlumberger entre au capital d’Innovatron, pour 34 % : cette position l’aidera à devenir plus tard le numéro 1 mondial de la carte à puce (cartes, lecteurs, cabines téléphoniques, systèmes), absorbant notamment deux de ses concurrents français : SOLAIC en 1997 puis Bull CP8 en 2001.

En 1981, le GIE “Carte à Mémoire” lance trois expérimentations de la carte à puce, respectivement à Blois avec Bull, Caen avec Philips, et Lyon avec Schlumberger. À la fin des années 1980, le GIE Carte Bancaire, qui a succédé au GIE “Carte à Mémoire”, commande 16 millions de cartes CP8, lançant la généralisation de la carte à puce en France en 1992.

En 1988, Marc Lassus crée Gemplus en France. Cette société fut jusqu’à sa fusion avec Axalto en juin 2006, le numéro 1 mondial dans le domaine de la carte à puce.

Roland Moreno est entré au National Museum of American History en 1997.

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