Aaaaah la voiture, la bagnole, l’auto, la caisse, la tire, la titine… Parfois adorée, parfois détestée, elle ne laisse personne indifférent. C’est normal  : elle est omniprésente et rend bien des services. Mais nous l’utilisons tellement qu’elle pose de nombreux problèmes environnementaux. Pas étonnant dès lors qu’ « on » essaie de la rendre moins polluante. Ou à tout le moins plus écologiquement correcte. La voiture électrique fait partie de ces « solutions ». Qu’est-ce qu’une voiture électrique ? Pourquoi ne nous roulons-nous tous pas en voiture propre et indépendante des combustibles fossiles ? Une voiture qui ne rejette pas de CO2 ? Et qui est très économique à l’usage ?

Il y a des raisons à cela 😉

Petits chiffres automobiles

Posons d’abord le contexte. 600.000 : c’est le nombre de personnes qui fouleront les allées du salon de l’auto de Bruxelles, qui se déroule actuellement aux Palais du Heysel. Plus de 5 millions : c’est le nombre de véhicules « particuliers  » circulant en Belgique (affolant, non, pour un pays qui compte 10 millions d’habitants au total, et tous ne conduisent pas !) 25% : la part du transport dans l’énergie dépensée chaque année en moyenne par ménage en Wallonie (dont la voiture se taille la part du lion). 10% : c’est la contribution de la voiture aux émissions de CO2 dans le monde (1)

La problématique

Ces chiffres trahissent un poids environnemental certain, tant en matière d’occupation de l’espace (et de bouchons), de pollution atmosphérique (oxydes d’azote, particules fines, hydrocarbures imbrûlés, monoxyde de carbone…) et de réchauffement climatique (le CO2).
Bien sûr, on ne peut pas limiter la voiture aux problèmes environnementaux (et de santé) qu’elle pose. La voiture c’est aussi des emplois, une certaine souplesse de déplacement, voire une source importante de revenus pour l’Etat.

Les « solutions » existantes

Au risque de paraître désagréable, et contrairement à ce que certaines annonces pourraient laisser supposer, aucune des solutions régulièrement mises sur le devant de la scène n’est idéale. Hydrogène, air comprimé, LPG, gaz naturel, biocarburants… ou électricité ont toutes un talon d’Achille.

Jamais contents !

On l’a peut-être oublié, mais la voiture électrique a connu ses débuts à la fin du 19e siècle. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la « Jamais contente  » ? C’était tout simplement la première voiture à franchir le cap des 100 km/h, en 1889, et elle fonctionnait à l’électricité ! Son constructeur, belge, l’avait baptisée ainsi en « hommage » à sa femme (peut-être les débuts d’un certain machisme à quatre roues ?)

Mais le problème du stockage de l’électricité et la découverte de ressources importantes de pétrole ont eu raison de l’essor du moteur électrique pour voitures. (2)

Et actuellement, que penser du véhicule électrique ?

Du bon et du moins bon… mais il faut bien avouer que pour le moment, l’électrique n’est pas mûr. Voyons cela point par point.

L’autonomie

En l’état actuel de la technologie, les batteries embarquées, pour des raisons de poids et de coût, ne permettent pas au véhicule électrique d’avoir une autonomie aussi intéressante qu’un véhicule à moteur thermique (essence, diesel, LPG…). Elle est souvent inférieure à 200 km, là où une voiture classique a une autonomie de 400 à plus de 800 km. Technologiquement parlant, tout indique que l’on aura des batteries plus performantes à moyen terme, même si leur production et leur recyclage restera un défi environnemental et économique à relever.

Le coût et la disponibilité sur le marché

Il n’y a pratiquement pas de modèles disponibles. Mais cela devrait changer à l’avenir : l’électrique a le vent en poupe et l’état belge offre depuis le 1er janvier une réduction d’impôts de 30% sur l’achat d’un véhicule électrique (plafonné à 9000 €) et la Région wallonne, un éco-bonus de 1000 €. Il n’en reste pas moins que cela vous coûtera pas loin de 20.000 € pour un véhicule limité en vitesse (en dessous de 100 km/h) et en autonomie (inférieure à 200 km). Mais à un coût à l’utilisation aux 100 km proche de 1€ !

La pollution et l’efficacité énergétique

Voilà sans doute le point le plus sensible ! L’électricité nous pose un problème  : elle n’est pas disponible à l’état naturel (à part la foudre, mais son utilisation est un véritable casse-tête). Autant il « suffit » de pomper (et distiller) du pétrole pour alimenter nos moteurs, autant l’électricité doit d’abord être fabriquée.

Et qu’utilise-t-on pour fabriquer de l’électricité ? Au niveau mondial, principalement du charbon (40%), du gaz (20%), du nucléaire (15%) et des barrages (15%) (3). Ce qui revient à dire qu’une voiture électrique sera mue à 60% par des combustibles fossiles (et leur CO2) et à 15% par du nucléaire (et ses déchets). Et ce n’est même pas une question d’évolution technologique ou de niveau de vie : des pays comme l’Allemagne ou les USA produisent leur électricité à 50% avec du charbon.

Pourquoi dès lors s’amuser à rejeter du CO2 dans l’atmosphère en produisant de l’électricité ? Quel est l’intérêt par rapport à la situation actuelle ?

L’intérêt réside dans la centralisation de la pollution (il est plus efficace de dépolluer une grosse usine que des millions de véhicules individuels) et dans le rendement d’un moteur électrique, plus intéressant pour une voiture qu’un moteur thermique.

En effet, un moteur classique a un rendement d’à peine 30% et dissipe 70% du précieux carburant qu’on lui donne en… chaleur. Le moteur électrique, lui, transforme son électricité en mouvement avec un rendement supérieur à 80%.

Cependant, si l’on considère toute la chaîne de production, du puits à la roue, ces chiffres sont à relativiser : l’électrique a un rendement de 30%, le thermique de 15%.

En gros, un moteur thermique à un très bon rendement à la production (il « suffit » de pomper le pétrole) et un très mauvais rendement à l’utilisation. L’électrique, c’est le contraire…

C’est là que le sujet devient franchement subtil : l’intérêt environnemental de la voiture électrique sera ainsi fonction :

* du combustible et du rendement de la production et de la distribution d’électricité. 50% de rendement est une bonne valeur : cela revient à dire que l’on « perd  » 50% de l’énergie primaire utilisée (gaz, charbon, nucléaire…) quand on la transforme en courant. De même, le charbon produira nettement plus de CO2 que le nucléaire ;
* de la façon dont est produit le véhicule, notamment son coût énergétique  ;
* de l’efficacité du véhicule en lui-même.

Du puits (la source primaire d’énergie) à la roue, en tenant compte donc de toutes les pertes à la production au transport et à l’utilisation, il en ressort qu’un véhicule électrique produira, par kilomètre parcouru, de 20 (nucléaire) à 250 g de CO2/km (charbon) (4) (5). Et si l’on se base sur le « mix énergétique » actuel en Europe, on se rend compte qu’un véhicule électrique émet, finalement, un peu plus de 100g de CO2/km.

graphique Ademe

graphique Ademe

Alors que les meilleurs véhicules classiques sont en dessous des 100g, on est en droit de se demander si cela a un intérêt de promouvoir l’électrique ! D’autant qu’alimenter tous les véhicules circulant actuellement avec de l’électricité n’est tout simplement pas possible avec les moyens de production en place.

Alors, on oublie ?

Pas si vite ! S’il est vrai que « simplement » remplacer les voitures actuelles par des électriques n’a pas beaucoup d’intérêt, mais cela en a vraiment si l’on  🙂

* produit l’électricité avec des énergies renouvelables. On règlerait d’un coup le problème du CO2 (en grande partie) et des déchets nucléaires. Mais la production reste limitée et surtout, dépendante des conditions météo (les éoliennes et le photovoltaïque) ;
* revoit notre manière de nous déplacer. En acceptant notamment de rouler dans des véhicules plus légers et moins puissants, dans un premier temps en tout cas, et en diminuant notre consommation de mobilité individuelle motorisée, en privilégiant les transports en commun, le télétravail, le vélo, la marche…
* est attentif au fait que la voiture électrique ne concurrence pas le vélo ou la marche. C’est un risque : à cause de sa non-pollution à l’utilisation et à son autonomie limitée, il se peut qu’elle devienne dans nos cœurs une alternative toute trouvée aux moyens de déplacement « doux » ;
* améliore les performances des batteries ;
* dépollue mieux les moyens de production de l’électricité ;
* …

Moyennant ces « conditions », on pourrait, demain, utiliser des véhicules silencieux n’émettant aucun rejet polluant sur les routes de nos villes et nos campagnes.

Et donc, finalement, je fais quoi ?

La voiture électrique est à voir comme un moyen de déplacement de l’avenir, à intégrer dans une manière de se déplacer différente de celle que l’on connaît. Ça c’est pour la vision globale. Maintenant, si vous en avez la possibilité, on pourrait voir l’achat d’un véhicule électrique comme un soutien au secteur (sans jeu de mot).

Sinon, si vous avez besoin d’utiliser un véhicule, pensez d’abord aux solutions de voitures partagées (Cambio…). Et si vous devez en acheter un, privilégiez plutôt un des modèles les plus efficaces vendus actuellement (c’est la mode, les constructeurs les mettent en avant, ce n’est plus difficile à trouver)

Et surtout, utilisez-le le moins et le mieux possible ! Pour tous les trajets qui le permettent, privilégiez les transports en commun, le vélo ou la marche.

Bonne route !

Sources / pour en savoir plus

(1) Febiac, guide CO2, janvier 2007

(2) Autobio n° 7, décembre 2008

(3) Manicore (Jean-Marc Jancovici), novembre 2009

(4) Ademe, Les transports électriques en France : un développement nécessaire sous contraintes, juillet 2009

(5) Science et Vie n°1096, janvier 2009

(6) Greenpeace, La voiture électrique sauvera-t-elle le climat  ?

(7) How to avoid an electric shock. Electric cars : from hype to reality, Transport and Environment, novembre 2009

* Photo en haut : Håkan Dahlström | (CC BY 2.0)

Source: ecoconso.be | CC